MARTINE ST-CLAIR: OPÉRATION RETOUR RÉUSSIE. De retour après un silence de deux ans,
la révélation de Starmania aborde la trentaine d'un pas assuré et interprète
des chansons qui reflètent sa nouvelle maturité. Par Roch Poisson
Le deuxième souffle de Martine St-Clair. L'amour est loi, qu'elle interprète en duo avec Gino Vannelli, tourne sur toutes les radios. Mais oû était donc passée la jeune femme à la voix d'or, montée en flèche au firmament des stars et presque totalement disparue depuis deux ans?. Réponse: elle prenait du recul, franchissait le cap de la trentaine et choisissait soigneusement des chansons en accord avec sa nouvelle maturité.
L'adolescente prodige de Starmania a maintenant 30 ans. Malgré sa chevelure plus sage et le sérieux un peu plus appuyé de ses propos, on lui en donnerait volontiers dix de moins, tellement elle a l'air en forme(beaucoup de natation, un peu de golf) et respire la santé.
Martine St-Clair est probablement la plus discrète, sinon la plus mystérieuse de nos vedettes de la chanson. On la voit rarement dans les cocktails et les lancements de disques. Elle ne hante pas les couloirs de la télé et ne s'attarde pas dans les coulisses après un spectacle. Et, par-dessus tout, l'interprète de Ce soir l'amour est dans tes yeux protège sa vie privée "C'est tout ce qui m'appartient en propre" avec une vigueur qui frise la maniaquerie. Ils devraient se lever de bonne heure, les paparazzi qui voudraient la traquer dans son intimité!
Celle qui dit "je me donnerai tout entière" dans son grand succès Y'a de l'amour dans l'air ne se livre guère en entrevue. Mais il suffit d'écouter entre les lignes pour découvrir ce qui fait courir Martine St-Clair: une passion peu commune pour son métier, une envie féroce de durer et un besoin irrépressible d'aller plus loin, beaucoup plus loin ...
Martine St-Clair ne reçoit pas les journalistes chez elle, mais dans un bistro d'un hôtel de centre-ville ou elle a visiblement ses habitudes. C'est précisément ses habitudes là que nous l'avons rencontrée, par un matin frisquet.
QUI: Martine, vous avez été presque totalement absente depuis deux ans. À l'heure oû la concurrence est très forte dans le milieu du showbiz québécois, n'avez-vous pas pris un gros risque en disparaissant aussi longtemps?
M. S.-C.: Ca me fait tout drôle quand on parle de mon retour ... Je ne peux pas être revenue, pour la bonne raison que je ne suis jamais partie! Il est vrai que je ne me suis guère montrée à la télé et que je n'ai pas chômé pour autant. Tout d'abord, j'ai fait la promotion de mon album Caribou et ensuite, je me suis astreinte à planifier mes prochaines années de carrière.
QUI: Pourtant, les choses semblaient rouler toutes seules pour vous.
M. S.-C.: Dans notre métier, les petits changements se font presque spontanément, sans que l'on fasse d'effort. On se lève un beau matin et on se dit: " Tiens, ce serait peut-être le moment de changer de coiffure! " ou " Il me semble que telle chanson m'irait bien. " Mais les grands changements, les nouveaux virages, ça se prépare soigneseument. J'y ai mis le temps.
QUI: À quoi vouliez-vous en arriver?
M. S.-C.: Je voulais transformer mon répertoire, chanter des chansons qui correspondent à ma nouvelle maturité, qui me forcent à aller chercher d'autres émotions en moi. Je savais que je devrais en payer le prix, et qu'il y aurait même peut-être un certain manque à gagner. Mais je ne suis pas obsédée par la popularité et pour être en paix avec moi-même, par respect pour mon public, il fallait que je tourne la page.
QUI: Votre compilation, qui vient de paraître, est différente des autres disques de ce genre. Habituellement, les albums compilations sentent le réchauffé, ont l'air bâchés... Pas le vôtre! On sent qu'il est important pour vous...
M. S.-C.: J'ai mis un soin particulier à choisir les quatorzes chansons qu'il contient, de Y'a de l'amour dans l'air à Je ne sais plus comment je m'appelle. Je voulais qu'elles reflètent parfaitement les différentes étapes de ma carrière. Le disque s'ouvre sur L'amour est mort, le duo avec Gilbert Bécaud, et se termine par un autre duo, L'amour est loi, avec Gino Vanelli... C'est ma manière de bouclier la boucle.
QUI: Sur le livret qui accompagne votre disque, on ne retrouve pas les paroles des chansons, comme c'est la coutume, mais plusieurs photos romantiques, nostalgiques, un peu tristes même...
M. S.-C.: Vous trouvez? Tendres, nostalgiques, peut-être, mais pas tristes. Je suis consciente d'avoir étét très choyée dans ma carrière. A 20 ans, j'avais déjà vendu des centaines de milliers de disques, reçu des disques d'or, des trophés à l'ADISQ... J'ai vite été emportée dans un tourbillon! Au début, je ne m'en rendais pas compte. Dans mon entourage, on me disait " Martine, on ne voit plus que toi, tu n'arrête pas! ", mais moi, je continuais sur mon air d,aller, je vivais ça au jour le jour...
QUI: Et vous avez fait des rencontres qui ont changé le cours de votre carrière.
M. S.-C.: J'ai eu la chance de travailler avec des grands de la musique populaire. Je n'oublierai jamais ma rencontre avec Gilbert Bécaud. Il a été d'une extrême gentillesse avec moi, il m'ai immédiatement mise en confiance... Notre complicité était devenue telle que nous avons enregistré L'amour est mort en une seule prise!
QUI: Et puis, il y eu Luc Plamondon...
M. S.-C.: Avec Luc, se fut- et c'est encore- une grande amitié professionnelle. Il a donné le coup d'envoi à ma carrière le jour oû il m'a proposé d'incarner Crystal dans Starmania. C'est pour ça que j'ai accepté de reprendre le rôle, à Paris, en 1988. Au total, je suis morte 350 fois sur scène! J'ai adoré l'exprérience:Starmania a été toute une école pour moi, mais ça s'est arrêté juste au bon moment, avant que la routine s'installe et, surtout, que l'actrice prenne le pas sur la chanteuse.
QUI: Et maintenant, il y a Gino Vanelli.
M. S.-C.: J'ai toujours rêvé de travailler avec lui. C'est un homme aux multiples talents: il est chanteur, auteur, musicien, arrangeur... J'ai énormément de respect pour les gens qui savent tout faire, et j'ai beaucoup d'admiration aussi pour les interprètes qui chantent avec leurs tripent, comme Billie Holliday et Ella Fitzgerald.
QUI: Vous aurez bientôt l'occassion de marcher sur leurs trances, puisque le contrat que vous avez signé avec la multinationale Polygram prévoit l'enregistrement d'un disque en anglais.
M. S.-C.: J'ai vraiment hâte, mais pour l'instant je suis plongée dans la pré-production de mon album "québécois", dont la sortie est prévue au printemps. Ce n'est pas facile de choisir parmi 250 chansons! J'ignore si mon disque anglais m'ouvrira vraiment les portes du marché américain, mais chose certaine, c'est en me servant de ma voix et non d'un look ou d'unt image préfabriqués que je veux essayer d'y parvenir. Depuis quelque temps,je fais souvent le même rêve: je me vois chantant dans une petite salle enfumée, avec beaucoup de gens et de bruit, un peu comme dans les boites de jazz des années 30... Je ne sais trop comment interpréter cela!
QUI: Donc, vous ne regrettez pas de n'être jamais devenue aide-infirmière, comme vos études vous y prédestinaient?
M. S.-C.: (Éclat de rire.) Pas du tout! Même si, au fond, faire des piqûres et changer des pansements, c'est aussi une façon de communiquer avec les gens, de leur témoigner de la tendresse.