Entrevue: Le Lundi
18 Juin 1988, Vol. 12 No 20


UNE FILLE EN QUÊTE D'UN GRAND AMOUR. Par Yolande Vigeant

Il y a à peu près deux ans, Martine St-Clair prenait une grande décision : celle de se retirer pur au moins un an et demi, histoire de prendre du recul et de faire le point sur sa vie et sa carrière. La chanteuse avait consacré beaucoup de temps et d'énergie à sa carrière et comme tout allait fort bien, sa décision a surpris beaucoup de gens. Pourtant elle n'était pas fatiguée, même si elle a travaillé sans arrêt depuis que Luc Plamondon lui a proposé le rôle de Crystal dans Starmania.

Martine n'avait que 17 ans à l'époque, mais ce tremplin l'a menée loin et c'est d'un trophée à l'autre, d'un Félix à un 45 tours avec Gilbert Bécaud (L'amour est mort) que la jeune fille a été consacrée " star " à l'âge où les adolescentes qui désirent chanter commencent à faire des vocalises.

Jusqu'en France. Depuis, que de chemin parcouru. Ainsi, entre 1985 et 1986, Martine a donné plus de 250 représentations au Québec et ce, à guichets fermés. En 1987, elle interprète le thème officiel de " Rendez-vous 87 ", tourne un vidéo-clip en Russie avec le chœur de l'Armée Rouge, collabore à " The box " avec Claude Dubois, produit un 45 tours " Au cœur du désert ", et elle vient de tout récemment de lancer un nouveau microsillon intitulé tout simplement " Martine St-Clair ". Essoufflant? Vous n'avez rien vu, car Martine a également commencé à écrire et elle a participé aux textes des chansons de Luc Plamondon, de Jean-Vinçent Fournier et de Claude-Michel Schoenberg, expérience qu'elle a beaucoup aimée.

Le plus spectaculaire, c'est que Martine entreprend une tournée de spectacles " Starmania " en France dès l'automne et on peut d'ores et déjà prédire qu'elle sera consacrée vedette internationale dans quelques mois, car qui pourrait résister non seulement à son grand talent, à sa belle voix, mais aussi au charme d'une jeune femme qui s'épanouit si bien! La dernière fois que j'ai fait une entrevue avec Martine (ça remonte à environ trois ans), j'avais parlé d'une jolie jeune fille, mais aujourd'hui, c'est une femme en pleine possession de ses moyens que je vous présente.

LE LUNDI : Martine, pourquoi avoir choisi de vous retirer pendant un an et demi?

M.S.-C. : Tout allait très bien, très vite également, et j'ai senti un impérieux besoin de faire le vide, de me ressourcer et de bien penser à ce que je voulais faire cette année. Dans ce métier, on a tendance à vouloir que tout soit parfait, mais il faut également laisser de la place pour l'imprévu et l'inattendu.

LE LUNDI : Au cours de cette année de repos, êtes-vous allée voir ce qui se passait à l'intérieur de vous également?

M.S.-C. : Oui et ça aussi c'est important, car quand tout va bien, que tu fais " la locomotive ", que tu fais ton possible pour travailler en professionnelle, tu as aussi envie de flâner, de faire des choses pour te plaire et t'amuser, te procurer une véritable détente, quoi!

LE LUNDI : Parce que si vous ne faites pas attention, vous pourriez être victime du stress?

M.S.-C. : J'en au de moins en moins; c'est-à-dire qu'il y en a autant, mais que je le ressens moins parce qu'il y a une façon de prendre les choses. Le stress, dans le fond, ça provient surtout d'une attitude, de l'intérieur de soi.

LE LUNDI : Quel est le principal danger, la chose à éviter?

M.S.-C. : Il y tellement de projets, des offres, des idées, des amorces de produits, des spectacles, des possibilités de disques, etc., qu'il faut réellement faire très attention de ne pas avoir 20 choses en chantier pour finalement ne rien finaliser. Oui, c'est dangereux de se perdre dans des détails de cet ordre.

LE LUNDI : Cette expérience vous a permis d'acquérir une grande discipline?

M.S.-C. : Je me sui dotée d'une bonne " machine " (terme pour indiquer qu'une bonne équipe l'appuie et la seconde). A part ça, je dirais que j'aime les gens simples et les choses simples; autrement dit, je ne me complique pas la vie et je m'occupe des problèmes au fur et à mesure qu'ils arrivent.

LE LUNDI : Vous vivez seule si je ne me trompe?

M.S.-C. : Oui, dans un appartement meublé en style art déco. J'y suis bien, car je peux y jouer du piano à mon goût et c'est important pour moi l'harmonie.

LE LUNDI : La solitude ne vous pèse pas?

M.S.-C. : La solitude, à mon avis, c'est un état d'âme; on peut être bien ou mal dans une solitude. J'ai de bons et bonnes
amis(es) (qui ne sont pas, en général, dans le milieu du show-business) les membres de ma famille qui viennent souvent me voir, comme je fais de la natation et joue au tennis au moins trois fois par semaine, me voilà fort occupée.

LE LUNDI : Est-ce qu'Il y a de la place pour un homme dans cette vie de femme fort active?

M.S.-C. : Pour le moment, il n'y a pas d'homme dans ma vie. Disons qu'il y a eu des gens que j'ai fréquentés.

LE LUNDI : Mais il n'y a jamais eu ce que l'on appelle de " grande romance " dans votre vie, Martine?

M.S.-C. : Une grande romance? D'après moi rencontrer quelqu'un, c'est un peu comme composer une chanson. Ca n'arrive pas tout de suite comme ça, avec un gros " bang " et je crois pas au coup de foudre. Non, je pense qu'une relation ça s'alimente, ça grandit avec le temps, au fur et à mesure qu'on avance, mais on n'arrive pas comme ça, suite à une rencontre en disant : Ca y est, j'ai trouvé!

LE LUNDI : Vous n'avez donc pas encore connu le grand amour?

M.S.-C. : Non, je l'admets, je n'ai pas encore connu ça, mais je suis certaine que ça va m'arriver un jour.

LE LUNDI : Il y a donc une attente, mais pas nécessairement passive?

M.S.-C. : Je fais ce que j'ai à faire et que le grand amour arrive ou pas, j'ai de quoi m'occuper. D'ailleurs, je pense que les jeunes femmes d'aujourd'hui n'attendent pas nécessairement qu'il y ait un homme dans leur vie pour donner un sens, une direction à leur existence et c'est mon cas.

LE LUNDI : J'ai tout de même entendu dire que vous aviez fréquenté quelqu'un pendant un bon petit moment…

M.S.-C. : Dans ce métier, on rencontre des gens; il y avait bien un ami, mais avec les gens du milieu, c'est automatique : on cire à la romance, au grand amour, on étiquette, on ne laisse pas les choses se développer. On met des mots bien trop vite et qui sait? Ca peut nuire et c'est probablement la raison pour laquelle je suis discrète quand il s'agit de ma vie privée.

LE LUNDI : Est-ce plus difficile pour vous de rencontrer le genre d'homme auquel vous rêvez à cause du métier?

M.S.-C. : Je ne crois pas, même que ça me donne la chance de rencontrer des tas de gens intéressants. Si on conversait avec moi parce que je suis une " vedette ", je le sentirais, et pour moi, ça serait tellement superficiel comme attitude que ce genre d'homme ne pourrait m'intéresser.

LE LUNDI : Quel genre d'homme pourrait vous intéresser?

M.S.-C. : J'aime un homme qui a le sens de l'humour, qui est versatile, sportif et un peu intellectuel. Je l'aimerais simple, naturel, sans artifice et ayant une certaine profondeur d'esprit.

LE LUNDI : Donc, un homme d'un certain âge, d'une certaine maturité?

M.S.-C. : Pour moi, la maturité n'a rien à voir avec l'âge.

LE LUNDI : Vous avez l'intention de vous marier un jour?

M.S.-C. : Absolument et d'avoir des enfants à part ça. Tout ça va demander une certaine planification, j'en suis conscient, mais je ne vois pas pourquoi le fait d'avoir un mari et des enfants éliminerait ma carrière.

LE LUNDI : Comme la plupart des jeunes d'aujourd'hui, vous revenez aux valeurs traditionnelles?

M.S.-C. : Oui et je suis contente de véhiculer des valeurs saines et positives. Certains vont dire que c'est " passé " ce point de vue, mais je pense que ce sont eux qui sont à côté de la " track "

LE LUNDI : Ainsi, vous n'avez pas peur de vous faire traiter de femme non libérée?

M.S.-C. : Mais je suis très libérée et autonome; je n'attends pas après un homme pour me donner un statut social ou pour me faire vivre, ce qui ne veut pas dire que je n'attends pas le grand amour. Présentement, je bouge, j'évolue, je me bats et j'ai ma propre identité qui je n'ai jamais l'intention de perdre d'ailleurs.

LE LUNDI : Comment entrevoyez-vous la relation idéale entre un homme et une femme?

M.S.-C. : Dans l'égalité bien entendu, il ne pourrait en être autrement, pour moi en tout cas. Chose certaine, je n'aimerais pas un homme dominateur et une touche de romantisme ne me déplairait pas. Je crois fermement en l'institution du mariage et d'ailleurs on peut constater que le taux de natalité augmente au Québec alors la jeune génération revient à la notion du couple, veut tout partager et croit, comme moi, qu'il faut être deux pour élever un enfant.

LE LUNDI : Ceux qui prétendent que les gens qui font du show-business sont des bohêmes sans trop de sens moral vont déchanter en lisant cet article!

M.S.-C. : Je ne suis pas du tout d'accord avec un certain vagabondage qui fut prôné pendant longtemps, sous prétexte de liberté…sexuelle ou autre. Même chose pour l'utilisation des drogues : ce n'est plus à la mode de toute façon.

LE LUNDI : Vous avez d'ailleurs assez d'énergie pour vous passez de ça…

M.S.-C. : C'est vrai que j'ai beaucoup d'énergie, mais je fias les choses dans la joie, je ne dispute pas le matin en me levant parce que j'ai ceci ou cela à faire et j'aime prendre mon temps pour bien faire les choses.

LE LUNDI : Voilà un point de vue plus mature, plus évolué!

M.S.-C.: J'ai toujours été assez perfectionniste, mais là, comme je me sens plus femme, ça donne une autre couleur aux choses finalement. J'ai appris par exemple à vivre avec mon hypersensibilité; avant, je me blessais trop. Aujourd'hui, (je n'aime pas utiliser le mot " carapace ") mais je suis un petit peu plus blindée et je suis moins vulnérable. Il y a des avantages à vieillir ma foi! Ainsi, je sens que j'ai plus confiance en moi et je sais que je n'ai pas à plaire à tout le monde, par exemple.

LE LUNDI : Vous me semblez très raisonnable! Vous arrive-t-il de faire des folies?

M.S.-C. : Oui, surtout dans son intérieur et il faut être en harmonie avec soi-même. Dans l'ensemble, je suis assez contente de mi et je dis ceci en toute humilité, mais je travaille très fort. Je sens que je surmonte ma timidité et tente d'être moins impatiente, car c'est mon pire défaut je crois.

LE LUNDI : Par contre, vous avez tellement de qualités.

M.S.-C. : Je ne tente pas arriver à la perfection, car pour moi, la " beauté-perfection ", ça fait froid; je veux surtout être moi-même avec mes défauts et mes qualités.

LE LUNDI : On me dit que vous aurez bientôt votre " fan-club " et que vous recevez déjà un nombre impressionnant de lettres?

M.S.-C. : Oui et si les jeunes m'écrivent, c'est peut-être parce que je suis représentative de la jeunesse québécoise. En général, les filles qui écrivent veulent savoir si je suis mariée et si j'ai des enfants. De leur coté, les garçons écrivent : " J'espère que Martine n'est pas mariée! " Prochainement, nous serons mieux organisés de ce côté et je pourrai répondre ou envoyer quelque chose à tous. Actuellement, je n'ai pas le temps d'écrire à tout le monde, mais sachez que je lis vos lettres et que ça me fait du bien de me sentir aimée et appuyée par mon public.

LE LUNDI : En septembre, c'est la grande aventure, le défi total, Paris vous attend. Avez-vous peur?

M.S.-C. : Non, j'adore le défi que ça représente et je me sens prête comme je ne l'ai jamais été. Évidemment, il y a toujours un risque dans tout ce que l'on entreprend, mais si on s'en tenait à la peur du risque, on n'entreprendrait jamais rien. Refaire Starmania après sept ans va être émouvant pour moi et je vais revivre de grands moments.

LE LUNDI : A l'aube de votre vie de femme, Martine, vous êtes dans l'attente de beaucoup de choses à venir?

M.S.-C. : Je vis ç une journée à la fois, en semant pour le lendemain et ainsi, je suis certaine que mon évolution d'artiste ainsi que ma vie de femme vont se dérouler dans la beauté et l'harmonie, car je cherche le juste équilibre en tout.

Martine vit donc un moment privilégié, se sentant " sécure " autant dans sa belle sensibilité d'artiste que dans sa peau toute neuve de jeune femme. Elle est dans une période d'attente, pleine de promesses de belles choses à venir et je pense qu'un jour, qui n'est peur-être pas si lointain que ça, Martine St-Clair va non seulement devenir une grande vedette internationale, mais (et c'est important) qu'elle va trouver le genre d'amour auquel elle aspire et qu'elle m'a décrit ainsi : " Je ne crois pas aux aventures éphémères car les plus grandes amours sont discrètes et n'ont pas de titre. " Je vous souhaite de trouver ce grand amour le plus rapidement possible, mais vous êtes si épanouie Martine, que j'ai l'impression que ça ne sera pas très long avant que cet amour discret dont vous rêvez ne se présente enfin. Peut-être que ce jour-là, vous croirez au coup de foudre … qui dure.