MON BUT ULTIME: ETRE HEUREUSE Par Michèle Lemieux
Martine St-Clair est une valeur sûre, une incontournable de la chanson francophone. En onze ans de carrière, le chanteuse n'a été éclaboussée par aucun scandale, n'a jamais suscité de rumeurs désobligeantes. On ne lui connaît ni travers inavouable, ni excès inadmissible, ni vilain penchant. Est-elle protégée par la presse, ce média habituellement implacable ? Non, l'interprète est équilibrée; elle porte en elle sagesse et sens de la mesure. Et surtout, elle réussit depuis plus d'une décennie à garder secrets les aléas de sa vie personnelle. Présentement en pleine période de changement, elle a accepté de nous entrouvrir la porte de son univers..
Dès ses premiers pas sur la scène artistique, Martine St- Clair a été instantanément adopté par le grand public québécois. Et cet attachement s'est vite transformé en longue histoire d'amour. La blond interprète prépare activement son prochain son prochain album sans qu'aucune date de retour n'ait été officiellement arrêtée. " J'ai toujours envie de composer, avoue-t-elle en début d'entrevue. C'est la première fois que je travaille sur des chansons, sur des mélodies. André Lavigne, mon gérant les a entendues et m'a encouragée à persévérer en ce sens. J'adore le travaille d'équipe. Une belle complicité s'est développée avec les gens qui m'entourent. Actuellement, il y a un style qui se dessine, des couleurs qui se définissent. Tout prend forme sans que nous l'ayons vraiment cherché. J'ai beaucoup de choses à dire, parce que j'ai vécu bien des expériences sur le plan personnel et j'ai envie de les partager avec les gens. Il y a des auteurs qui écrivent pour moi, mais c'est moi qui soumets les thèmes.
Le Lundi : Martine St-Clair, comment se fait-il que nous ayons une image aussi propre de vous, aussi irréprochable ?
Me Lavigne : Martine est une personne très stable, très équilibrée. Elle ne consomme ni boisson ni drogue et ne fait pas de folies non plus.
M.S.-C. : J'ai besoin de m'amuser aussi, bien sûr, de me laisser aller. Mais je ne suis pas du genre à sortir dans les bars. L'équilibre est essentiel pour mener à bien sa vie professionnelle et sa carrière.
Le Lundi :Avez vous toujours été cette femme sage, raisonnable ?
M.S.-C. : La sagesse, c'est quelque chose qui s'acquiert, Je suis raisonnable, effectivement, mais je dirais que je suis surtout disciplinée. C'est mon père qui m'a élevée ainsi. Avec lui, il fallait faire les choses à fond, pas à moitié. Le fait que j'aie pratiqué plusieurs sports y est aussi pour quelque chose.
Le Lundi : Il y a eu de grand changements sur le plan professionnelle. Me André Lavigne assure maintenant la gérance et tient dorénavant la barre de votre carrière ?
Me Lavigne : Je travaille tout de même avec Martine depuis six ans. J'étais son avocat, l'avocat de sa compagnie. Durant les douze derniers mois, nous avons appris à nous connaître encore mieux. Martine me demandait fréquemment des conseils sur sa carrière. Peu à peu, la confiance, la complicité se sont développées entre nous.
M.S.-C. : C'est étrange, André est devenu mon gérant sans que nous en ayons discuté. Comme une évidence qui s'impose d'elle-même. Nous sommes des amis. André supervisait ma carrière et j'appréciais son implication à sa juste valeur. Sa vision, ses conseil rejoignaient les miens. Pour moi, il est un véritable coach.
Martine la réservéeLe Lundi :Votre métier vous a donc obligée à oublier votre timidité ?
M.S.-C. : A un certain niveau, oui. Je suis individualiste, timide. Faire ce métier est pour moi une cure extraordinaire. En spectacle, il me fallait m'ouvrir, me livrer. Mais tout de suite après, je pouvais retourner à ma solitude. Mon métier et ma vie privée ne sont pas deux mondes séparés. Quand je rentre chez moi, la porte se referme. J'ai plein d'amis qui m'appellent; j'ai créé des liens avec des gens du milieu, chose que je n'avais jamais faite auparavant. Je trouve cela important
Le Lundi : Avez-vous envie de préserver votre vie privée, d'avoir votre univers secret ?
M.S.-C. : Pas vraiment. Mais, c'est vrai que je ne suis pas du genre à faire la une des journaux pour présenter la personne avec qui je sors ou avec qui je vis. J'ai besoin de partager avec mon public. Et je le fais de la manière qui me ressemble le plus : en chantant! (Rires)
Le Lundi : Vous parliez précédemment d'amitié. C'est important pour vous ?
M.S.-C. : Oui, je me suis ouverte sur ce plan-là. Il y a deux ans, j'étais plus solitaire. L'amitié, c'est tellement cher. J'ai peut-être deux ou trois amis… Pas davantage.
Le Lundi :Quand on est connu, les amitiés sont peut-être un petit peu plus difficiles ?
M.S.-C. : Ca prend du temps. Mais quand j'ai des amis, je suis prête à tout pour eux. Ils me demanderaient n'importe quoi et je serais disponible. L'inverse est aussi vrai. J'ai des amis que je vois tous les jours et d'autres que je vois occasionnellement. Les musiciens avec lesquels je travaille, par exemple.
Le Lundi : Et la vie de famille, quelle place occupe-t-elle ?
M.S.-C. : Je trouve que la vie familiale, c'est comme du bon vin : il y a plusieurs étapes à franchir. Nous étions huit à la maison. Plus la famille est grande et plus il y a d'étapes. L'adolescence, c'est les rapprochements, avec certains frère et sœurs. Parfois l'âge adulte mêle les cartes. On se sent plus proche de ceux avec qui on l'était moins. Je suis très attachée à ma famille. Mais à un certain moment il faut en sortir. Pour l'apprécier encore plus.
Le Lundi : Il faut savoir s'affirmer dans ses désirs, prendre sa place …
M.S.-C. : Oui, tout à fait. C'est beaucoup plus important pour moi de discuter de la vie avec mon père et ma mère, que de parler chanson et carrière. C'est tellement enrichissant. Quand on devient connu, les discussions peuvent devenir superficielles, tourner autour du métier. La famille reste un endroit où je peux me ressourcer.
Le Lundi : Songez-vous à fonder une famille, un jour ?
M.S.-C. : Oui, mais je me dis : pauvres enfants, quel genre de vie auront-ils? (Rires) Pour faire ce métier et avoir des enfants, il faut être prête. Je ne voudrais pas partir en tournée et laisser ma progéniture derrière moi. C'est sûr qu'il y aurait quelqu'un pour s'en occuper, mais quand même… Je ne voudrais pas non plus trop les mêler à ma carrière.
Le Lundi : Vous aurez à trouver un équilibre entre ces deux vies ?
M.S.-C. : Quand j'aurai des enfants, je déciderai peut-être d'arrêter deux ans…
Le Lundi : Vous aimez les enfants ?
M.S.-C. : Je les aime tellement qu'une journée par semaine, je vais chercher un de mes neveux ou nièces et je l'emmène avec moi.
Le Lundi : Ces moments vous apportent beaucoup ?
M.S.-C. : Oui, je réalise alors que la vraie vie, c'est d'être parent. Avoir un enfant, c'est passer son temps avec lui, c'est être là pour toute la vie… Je trouve que les enfants me ramènent dans la réalité. Il faut que je sois présente, que je les amuse…parce qu'ils me le disent vite s'ils s'ennuient! (Rires) Il faut que ça bouge. Les enfants, c'est tellemetn pur, naïf, rafraîchissant. La vérité même. (Sourire)
Le Lundi : Avez-vous de la facilité avec eux ?
M.S.-C. : En général, lorsque nous avons passé la journée ensemble, ils me rappellent le lendemain pour de dire : " Qu'est-ce qu'un fait demain? " C'est sûrement bon signe. (Rires)
Le Lundi : Et la vie affective ? La carrière vous laisse-t-elle suffisamment de temps pour en profiter ?
M.S.-C. : Bien sûr. Je l'espère! (Rires)
Le Lundi : Vous avez quelqu'un dans votre vie présentement ?
M.S.-C. : Oui… (Sourire) Mais cette personne n'a pas toujours envie de se retrouver dans les journaux, de faire la une. Je pense qu'il faut respecter ses choix.
Le Lundi :Vous marierez vous un jour ? :
M.S.-C. : Je ne sais pas. Je crois beaucoup au mariage. Mais je trouve que juste le fiat de vivre une relation, d'apprendre à se connaître, de partager plein de choses, est plus important que tout le reste. Le mariage ne fait que confirmer que deux personnes sont ensemble. Avant de le faire, il faut se connaître à fond, être bien l'un avec l'autre.
Le Lundi : Quand on s'appelle Martine St-Clair, est-ce plus difficile d'établir une relation amoureuse ?
M.S.-C. : Ca dépend… Je me rends comptes tout de suite si la relation ne dépasse pas un certain niveau. Comme je sais reconnaître l'amour, la sincérité, le partage …
Le Lundi :Mais ça reste quand même plus difficile ?
M.S.-C. : Oui, car mon métier exige que je voyage beaucoup. Pour vivre une relation sérieuse, intense, équilibrée, il faut y mettre du temps. Alors en ce sens, oui, c'est plus difficile, plus long…
Le Lundi : Vous arrive à trouver un équilibre entre votre vie personnelle et votre vie professionnelle ?
M.S.-C. : Oui, et c'est important, car l'un nourrit l'autre. On a besoin de vivre seul et de vivre à deux pour être bien. Tu ne peux pas te consacrer entièrement à une relation. De toute façon, l'important, c'est d'être heureux. Moi, c'est mon but ultime.
Le Lundi : Et vous y arrivez ?
M.S.-C.: Oui, de plus en plus. Il y a eu des moments où je ne me sentais pas vraiment bien. J'étais heureuse sur le plan professionnel mais dans ma vie personnelle, ce n'était pas la même chose…
Le Lundi : Qu'est-ce qui vous rend heureuse ?
M.S.-C. : Les chose les plus simples : les enfants, les relations d'amitiés, les échanges intéressants avec les gens. La meilleure façon d'être heureuse dans ce que je fais, c'est de bien me connaître, d'être honnête envers moi et envers les autres. Il n'y a pas de secret en fin de compte. Le bonheur, c'est quelque chose qui se travaille au jour le jour.
Et c'est sur cette note optimiste que Martine conclut : " Je pense que toutes les expériences vécues, les bonnes comme les moins bonnes, nous font avancer. Mais c'est surtout les moins bonnes qui nous permettent d'acquérir du jugement… "